Miam-miam, par Benjamin Zafra, 40 pages, A6, n&b, 2005
Pendant longtemps, je regardais d’un oeil circonspect et perplexe tout art dispensant des messages politiques. C’est que, malheureusement, il y a des tendances moralisatrices, et parfois quelque peu prétentieuses, dans ce genre d’oeuvre, ce qui est un peu casse-burnes. Surtout, parfois le message semble prendre le pas sur la qualité et l’on sent comme une sorte de prise d’otage dégueulasse (du type : “quoi t’aime pas ma chanson contre le racisme ? mais t’es raciste, ou quoi ?”) de la part des auteurs, qui semblent par ailleurs vouloir autant si ce n’est plus attirer l’attention sur eux plutôt que sur leur message.
Fort heureusement, j’ai fait deux rencontres avec deux auteurs qui m’ont ensuite - à peu près au même moment et avec un impact égal - complètement fait revoir mon jugement. Il y a eu Nani Moretti (avec l’épatant Aprile) et il y a eu Benjamin Zafra avec Miam-miam. Un des points communs majeurs entre les deux bonhommes, c’est notamment qu’ils soulignent avec justesse la difficulté de s’impliquer pleinement dans toute lutte politique - surtout au coeur de notre époque -, ils ne jugent pas, ne font pas la morale. Ils questionnent.
Dans Miam-miam, Benjamin propose toutes sortes d’idées - que quasiment personne ne va suivre - pour, dit-il “chercher une alternative à l’économie de croissance.” C’est bien vu, très drôle et ça laisse pensif. Ça donne envie d’essayer.
Malheureusement, c’est introuvable et, comme l’auteur considère l’objet comme un pécher de jeunesse (son trait et son engagement se sont tous deux affermis depuis l’époque), on peut penser que ça restera dans les limbes. En tout cas, oui, Inés, je sais que c’est parfaitement ridicule de dire ça, mais voici bien “un livre qui a changé ma vie”. Merci.
CP
