Projet Bermuda n°4, collectif
Format A5, septembre 2012, 282 pages, Expérience.
Projet Bermuda n’est pas un fanzine mais il est urgent d’en parler. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une des rares revues de bande dessinées à être aujourd’hui disponible chez vos divers détaillant. Éditée par Expérience, librairie de Lyon bien connue des amateurs de fanzines pour son goût alternatif sûr, Projet Bermuda ne publie que des récits complets, sans autre thème fédérateur que l’origine géographique des contributeurs chaque récit devant au moins comportant un auteur de la région.
La revue est massive, imprimée sur beau papier, toute en couleur, possède une maquette très soignée… et un prix plus que raisonnable : 19 € ! De ce côté là rarement un tel rapport qualité/prix a été atteint. Sur le contenu qu’en est-il ?
Il faut d’abord écarter un malentendu. Comme Expérience est connue pour sa défense d’une certaine bande dessinée alternative, on s’attend à trouver ce genre de travaux dans le collectif. Or l’ensemble est de bonne facture mais s’inscrit dans une certaine tradition franco-belge, ce que le couverture de l’ultra-classique Christian Rossi annonçait d’ailleurs.
Pour le reste et bien comme toujours avec les collectif c’est inégal, manque parfois de cohérence, mais il n’y a quasiment aucun mauvais travaux, les moins bons sont ceux qui pèchent par des scénarios peu originaux mais restent toujours assez haut graphiquement. Parlons plutôt de ceux qui ont retenu mon attention. Je reste scotché par la grande élégance du dessin de Lematou, qui sert un polar animalier sur fond littéraire bien troussé. Clément Rizzo, malgré un côté anecdotique, réussi a créé une belle ambiance avec son trait habilement équilibré entre précision et relachement.
L’excellente Florence Dupré la Tour déçoit un peu, le récit qu’elle cosigne avec sa sœur Bénédicte démarre très bien, avec un dessin toujours aussi vif et enthousiasmant que d’habitude, mais l’histoire tombe à plat, on croirait presque que les éditeurs ont oublié la fin. On reste subjugué par la maîtrise des pixels de Jonathan Silvestre, dans une belle histoire de chasse au monstre. B-gnet emporte la palme du récit le plus drôle, sur fond de base scientifique polaire et d’araignées mutantes. On y constate aussi qu’il possède une très bonne maîtrise des couleurs, qu’on a trop peu souvent de voir. PMGL, enfin, présente un très bel exercice de narration en donnant de simples bribes de choses. Casse-gueule et réussi.
On (re)croise aussi avec plaisir Benlebègue, Florent Maudoux (Freaks’Squeele), Lewko, le (si si) troublant Anne chouette, Michael Bolufer, les prometteuses Marfi et Clémence Bouchereau ainsi que beaucoup d’autres à découvrir sur le site de la librairie Expérience. (MR)
